1 mois en tant qu’aide à domicile

Quelle place pour les personnes âgées dans notre société ?

Je viens de finir un mois de travail pour une association d’aide à domicile de ma région. Je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de commencer ce job mais je devais absolument travailler cet été et n’ayant pas 18 ans, je n’avais pas beaucoup de choix.

Concrètement, j’ai fait quoi ?

Pendant, un mois je me suis rendue au domicile de personnes vivant dans mon village ou aux alentours. Je suis intervenue principalement auprès de personnes âgées surtout des femmes vivant seuls mais aussi des hommes et des couples.Toutes ces personnes avaient des difficultés dans leur vie quotidienne dû à des problèmes physiques mais aussi parfois mentaux (maladie d’Alzheimer …). Je sais que l’association intervient aussi auprès d’autres publics comme des personnes handicapés. Pour ma part, j’ai travaillé avec une dame relativement jeune qui avait un trouble du comportement important. Chez toutes ces personnes, j’ai dû faire de l’aide à la toilette, de l’aide au repas et aux courses et du ménage. Mais la partie la plus importante de mon job était sociale. En effet, pour beaucoup de personnes isolées socialement, notre passage est surtout un moyen pour eux de garder un lien avec la société. Malgré ma réticente du début, j’ai très vite compris à quel point ce job allait devenir enrichissant pour moi.

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The Golden Years / Dean Bradshaw

Les jeunes avec les jeunes et les vieux loin derrière

 Certains de mes proches ont une réaction vraiment négative quand je leur ai annoncé que j’avais eu ce job. J’ai entendu plusieurs fois « tu es jeune, tu devrais rester avec des jeunes ». Aujourd’hui, je suis persuadée que cette réaction est entièrement dû à la manière dont sont considérés les personnages âgées dans notre société.

On pourrait penser que les personnes âgées n’ont plus rien à apporter aux autres.

On a tendance à penser que les personnes âgées doivent restées dans leur coin et qu’elles n’ont plus rien à apporter aux autres, les métiers de la vieillesse (infirmiers en maison de retraite, aide à domicile …) sont d’ailleurs très dévalorisés. Après avoir passé un mois auprès de personnes allant de 70 à 96 ans , j’ai envie de dire que c’est faux. Ces personnes peuvent jouer un rôle dans nos sociétés si elles sont bien intégrées, elles ont même énormément à transmettre.

Pendant ce mois, j’ai eu une multitude de conversations toutes plus intéressantes les unes que les autres. J’ai été au contact de 22 personnes différentes, j’en ai vu  certaines qu’une seule fois et d’autres plus de 10 fois. Parfois, elles m’ont partagé seulement quelques conseils pour l’entretien de la maison mais il m’est arrivé de recevoir de véritables leçons de vie. J’ai été très étonnée par leur ouverture d’esprit et leur bienveillance envers la jeunesse.

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 The Golden Year / Dean Bradshaw 

C’est vraiment arrivé en dehors des livres

La grande majorité des personnes que j’ai rencontré habite dans la même région voir dans le même village depuis leur enfance ou leur mariage (une dame m’a même confié être née juste en face de la maison où elle vit actuellement !). J’ai pu ainsi en apprendre énormément sur les traditions et l’histoire de cette commune où j’ai moi même grandi. Les personnes de plus de 90 ans avaient une vingtaine d’années pendant la Seconde Guerre Mondiale et beaucoup se sont confiées sur ce sujet surtout en cette période sombre car les récents attentats leur ont fait remonter d’autres souvenirs de terreur sur notre territoire. Je suis une passionnée d’histoire, mais  plus de l’histoire intimiste des peuples que de l’histoire pompeuse des grands événements.

Avant ce mois, la Seconde Guerre Mondiale pour moi était un ensemble de cours appris à l’école et quelques témoignages lus au fil des années. Maintenant, j’ai des visages en tête de personnes qui ont souffert directement de ce conflit, des personnes de la vie de tous les jours issus de la même catégorie sociale que moi  et du même village. La guerre est ainsi dans mon imaginaire bien plus qu’un événement lointain et abstrait mais une tragédie qui a affecté profondément l’ensemble des familles françaises.

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 The Golden Years / Dean Bradshaw 

Personne veut prendre sa place

Nous allons tous vieillir, nous allons tous un jour être à notre tour personne âgée et ça fait peur, tellement peur que nous préférons cacher nos aînés dans une maison de retraite ou un appartement délabré pour pas qu’ils viennent nous rappeler qu’un jour on sera à leur place. Voir toutes ces personnes a apaisé ma peur de vieillir car j’ai compris que vieillir ce n’étais pas forcément se décomposer petit à petit jusqu’à ne pouvoir plus rien faire et devenir un poids pour sa famille. J’ai rencontré 22 personnes et 22 façons de vivre la vieillesse. Qu’est ce qui est le plus dur : ne plus avoir d’intimité car on n’a plus la force de se doucher seul ou sentir sa mémoire qui perd un peu plus chaque jour ?

Le cliché du vieux, seul et triste qui attend sa mort n’est pas une fatalité.

Ça dépend. Ça dépend de la manière dont vous avez vécu et de la manière dont vous gérez votre vieillesse. Les personnes les plus tristes que j’ai vu, car oui je n’ai pas vu que des gens heureux, n’étaient pas forcément celles qui étaient dans le plus mauvais état physique ou mentale. Je pense que c’était surtout des gens qui se sentaient seuls (à juste titre ou non) et qui s’ennuyaient profondément. Cette expérience m’a aidé à envisager ma propose vieillesse. J’ai vu des gens à qui je sais que je ne veux pas ressembler et au contraire, des gens qui m’ont inspiré. Le cliché du vieux, seul et triste qui attend sa mort n’est pas une fatalité. J’ai rencontré des personnes encore actives malgré leurs faibles capacités, à l’écoute de leur famille et de leurs voisins et soucieuse de l’état de la société. Qu’est ce que j’aimerai devenir comme cette dame encore incroyablement dans le coup malgré ses 94 ans qui m’a demandé si elle pouvait joué à Pokémon Go sur mon portable !

Alors voilà, j’aime les personnes âgées, non pas parce que j’ai pitié d’elles mais parce qu’elles m’ont tant apporté. Je garde de cette expérience énormément de tendresse mais aussi un goût amer quand je pense à la place des personnes âgées dans notre sociétés et au peu de reconnaissance de mes collègues pour le dur travail qu’elles effectuent. Je pense que cette problématique est très française ou en tout cas occidentale car il suffit de se tourner vers d’autres modèles culturels comme en Asie par exemple où les personnes âgées ont une place bien différente dans la vie sociale.

Alerte

Ce week-end j’étais à Lyon avec deux amies. Ce week-end a 5 reprises, des hommes, seul ou en groupe nous ont interpellé dans la rue sans raison. Un d’entre eux nous a suivi sur plusieurs rues, un autre a touché volontairement la cuisse de mon amie dans les transports en commun.

Un parole déplacée, un soir, une fois dans la rue, on finit par oublier. Mais quand on est une femme les paroles et les gestes offensifs s’accumulent soir après soir, années après années. Nous savons toutes ce que c’est que d’être klaxonné, interpellé, parfois suivi ou encore tripoté par des hommes inconnus. Nous savons toutes ce que c’est que d’avoir peur de rentrer seul chez soi le soir parce que peut être qu’on n’aurait pas dû mettre cette jupe, peut être qu’on aurait dû un peu moins boire.

Comme beaucoup de femmes, je ne support plus de vivre dans cette angoisse permanente. Je rêve d’une ville qui appartiennent autant aux  femmes qu’aux hommes. Je rêve que le harcèlement de rue s’arrête enfin. L’alerte est lancée, je rêve qu’elle soit entendue.

Playlist artistes francophones

La preuve que les jeunes artistes chantent encore en français

On entend souvent dire que tous les « bons » chanteurs ou groupes actuels français chantent en anglais. Il est vrai que j’écoute une grande majorité de musique anglophone parfois composé et interprété par des artistes de pays francophones (The Do, Air, Camp Claude, Lilly Wood&the Prick …) mais depuis quelques temps j’ai découvert des artistes, plus ou moins connus, qui ont choisi de s’exprimer en français. En voici une petite sélection.

Bagarre

J’ai trouvé très peu d’infos sur ce groupe d’électro français actif depuis 2014 et composé de 4 hommes et une femme. Ils ont sorti à ce jour seulement 2EPs: Bonjour, nous sommes Bagarre et Musique de Club.

Dans ta tête y a des bruits
Tu te sens animale
Tu restes dans ton lit
Quand tu dis « je » t’as mal

Philémon Cimon

Un peu plus de douceur, avec le chanteur québécois Philémon Cimon. J’adore la voix de cet artiste qui a un timbre particulier. Ses paroles sont magnifiques et je trouve que ses albums racontent réellement une histoire de chansons en chansons. Pour son dernier album sorti en 2015, l’artiste a demandé à des photographes d’illustrés des chansons de son album, je trouve le projet que vous pouvez découvrir sur son site très intéressant. J’ai découvert la chanson qui suit juste après les attentats à Paris de novembre dernier et elle m’avait fait énormément de bien.

Moi j’ai confiance qu’on peut aimer
malgré l’orage malgré
La fin du monde qui s’en vient
noyer les cœurs malades

 

 

Feu!Chatterton

Ce groupe est peut-être un peu plus connu que les précédents car son premier album Ici le jour (a tout enseveli) a été salué par certains médias comme les Inrocks. La musique est plutôt rock mais les paroles et la façon de prononcer les mots du chanteurs me font plus penser à des grandes figures de la chansons françaises comme Gainsbourg ou Bashung. Je vous laisse juger par vous même de la qualité du texte avec cette chanson écrite en hommage à une femme amérindienne, figure populaire mexicaine pour avoir été l’amante du conquistador Cortes.

Combien de lâches sont venus ici
Courir chimères à coup de fusils ?
Ivres de gloire ont-ils pensé que ton coeur
Serait conquis percé de flèches et de rancoeur
Comme tes côtes mexicaines !

 

 

Izia

Là je triche un peu car seulement le dernier album d’Izia a été écrit en français. Mais quel album ! Si en anglais, sa musique était beaucoup plus rock; en français elle est plus pop et electro (qui ne soit pas forcément dans la chanson que j’ai choisi, je vous l’accorde). Ses nouvelles sonorités vont plutôt bien à la chanteuse qui s’en sort finalement peut être mieux en français qu’en anglais niveau texte.

Tomber un peu plus bas
Tomber et rester sans voix
Je veux sombrer dans tes bras, dans tes bras

Mansfiled TYA

On termine cette petite sélection avec un énorme coup de cœur. Ce duo nantais composé de Julia Lanoë, aussi membre de Sexy Sushi  et Carla Pallone, violoniste. Leur musique mélange souvent textes poétiques, instruments à corde et rock voir électro pour le dernier album. Au fil des albums, le duo a énormément évolué au fil du temps car elles sont actives depuis plus de 10 ans mais on retrouve toujours la même ambiance dans leur travail un peu sombre très mélancolique. Je vous invite vivement à aller les écouter car leur musique ne ressemble à rien d’autre que j’avais entendu auparavant et on sent une vraie recherche artistique derrière leur projet, tout ça exclusivement en français bien sûr.

Je m’ennuie tellement que j’suis allée trois fois de suite dans la salle de bain
Pour me laver les mains
Je dois pas tourner rond parce que je confonds
La soif et la faim

Bye bye high school

Ce que m’aura appris le système scolaire français

Le mois dernier, j’ai assisté à mon dernier cours de lycée et terminé toutes mes épreuves de Bac. Ce fut l’occasion pour moi de revenir sur toutes ces années d’école (soit presque toute ma vie à vrai dire) et de réfléchir à ce que  m’aura vraiment appris mon parcours dans le système scolaire français de la primaire au lycée au delà des connaissances et savoirs théoriques.

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Source : Pinterest

Ma France à moi c’est la diversité

J’ai été dans deux lycées différents, un regroupait majoritairement des personnes venant du même milieu social plutôt aisé. La plupart des élèves avait grandi ensemble dans des maisons individuelles loin de la ville dans laquelle se trouvait notre école. Je ne veux pas faire de généralité mais l’ambiance générale favorisait plus l’uniformisation  que  les divergences de façons de pensée, types d’humour et styles vestimentaires. En tous cas, ce fut mon ressenti malgré le fait que beaucoup des élèves étaient en réalité individuellement plutôt ouverts d’esprit. Le deuxième lycée où j’ai été scolarisé était composé d’élèves de tous les horizons. J’y ai aussi bien rencontré des personnes venant de milieux très favorisés qui avaient une maison de campagne et un immense appartement en plein centre ville que des personnes issus de familles qui galèrent vivant dans des HLM  et partageant leur chambre avec plusieurs frères et sœurs. Il y avait aussi beaucoup plus de personnes issus de l’immigration.

Tout au long de l’année j’ai pu me nourrir de leur vécu à travers nos conversations. Il était plus facile d’aller vers les autres car les gens, au lieu d’avoir peur de la différence, étaient curieux de découvrir les modes vie et les opinions de chacun. Dans certaines matières comme la philo où nous pouvions parfois débattre librement, le cours se trouvait enrichi du bagage que chacun avait à apporter. Je me suis sentie si bien dans cette classe, beaucoup plus à ma place que je ne l’avais été auparavant.

Un des buts de l’école est de nous apprendre à vivre ensemble en tant que société.Dans la France d’aujourd’hui telle que je la vois dans mon quotidien , la diversité est omniprésente et mes anciens camarades m’ont prouvé quelque chose en quoi j’ai toujours cru : cette diversité ne remet rien en cause la cohésion de notre société, au contraire c’est une richesse qu’il faut oser exploiter.

Si quelqu’un croit en toi, ça va mieux, si tu crois en toi, tout va mieux

Je pense que dans le parcours de tout élève (en tous cas j’ose l’espérer), il y a eu un prof ou peut être des profs/documentalistes/CPE/conseillers d’orientation… qui nous ont su voir en nous du potentiel que l’on ignorait. Pour ma part ce fut deux profs d’histoire, un au collège et un au lycée ainsi qu’un prof d’art qui m’ont fait comprendre que je devais ouvrir mes perspectives d’avenir et viser plus haut pour moi-même. Au delà du fait que c’était de très bons enseignants dont les cours m’ont énormément intéressé, je leur serai éternellement reconnaissance pour m’avoir motiver à m’investir en classe et donner l’envie de croire en moi. Bien sûr cela fait chaud au cœur de recevoir un compliment sur le coin d’une copie ou dans une case de bulletin surtout pendant l’adolescence où l’on doute beaucoup de nous-mêmes et de nos capacités mais ces encouragements doivent servir de moteur pour oser croire en nous et nous épanouir.

A l’inverse, mon parcours scolaire m’a aussi appris que ce n’était pas parce que des personnes y compris des adultes enseignants ne croient pas en toi qu’il faut tout abandonner. L’important n’est pas d’être le meilleur par rapport aux autres mais d’être fière de soi même et de son travail.

La vie ne s’arrête pas à l’école

Ce constat peut paraître simple mais tout comme on réalise tous un jour que nos parents peuvent se tromper, vient dans toute vie d’écolier le moment où l’on se rend compte que l’école ne pourra pas répondre à toutes nos problèmes. J’ai toujours bien réussi à l’école. Même arrivée au lycée, je n’ai jamais rencontré de problèmes pour passer au niveau supérieur sans trop travailler. Étrangement, j’explique cette réussite scolaire par des éléments qui n’ont rien à voir avec l’enseignement reçu à l’école.

Il est très vite apparu dès que j’ai su comment faire que j’aimais énormément lire. Quand j’étais enfant, avant de découvrir Internet, je ne faisais pratiquement que ça. Lire m’a énormément aidé à développer mon imagination et surtout à savoir comment écrire. Je pense qu’à force de lire certaines syntaxes et un certain vocabulaire, notre style d’écriture s’enrichit. Mes capacités d’écriture m’ont souvent aidé même au delà des cours de français car il est plus facile de camoufler des lacunes ou d’obtenir une excellente note avec quelques connaissances si celles ci sont intelligemment reliées entre elles à l’écrit. J’ai aussi bien sûr réussi car j’ai un minimum le sens de la rigueur et du travail. Mais une nouvelle fois, il ne me semble pas l’avoir appris à l’école mais plutôt en apprenant à jouer du piano classique en dehors de mes cours. A force de répéter les mêmes notes et les mêmes mesures sans cesse jusqu’à que mes doigts soient épuisés, j’ai appris que le travail régulier paye toujours d’une manière ou d’une autre.

Outre mon expérience personnelle, je dirai qu’il est important de reconnaître qu’un tas de qualités utiles pour réussir à l’école  s’enseignent en réalité en dehors du système et que les activités et hobbies devraient être beaucoup plus valorisés. A l’inverse, il est toujours bon de rappeler que ce n’est pas parce qu’un élève échoue dans le système qu’il ne peut pas réussir pleinement dans une branche en dehors de l’école dans une filière artistique ou en intégrant plus tôt le monde du travail par exemple.

Marseille

Entre mer et centre-ville

Je vais à Marseille minimum 3 fois par année depuis que je suis née. C’est une ville où je me sens bien, où je me sens chez moi. Depuis que je l’explore seule, j’ai pour habitude de me perdre en marchant pendant de longues heures de quartiers en quartiers.   Voici quelques photos de mon dernier week-end à Marseille, au cours duquel j’en ai profité pour apprendre à utiliser mon appareil photo en mode manuel, et de mes deux quartiers préférées : La Plaine et ses tags et le bord de merde vers l’anse de Malmousque.

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Man Seeking Woman et la diversité des séries télé

Je tente aujourd’hui un nouveau type d’article. Au lieu de vous faire une critique simple d’une oeuvre, j’ai décidé de me servir d’une oeuvre dont j’ai envie de parler  pour aborder un sujet de société ou culturel plus vaste. Pour ce test, j’ai chois de vous parler de Man Seeking Woman et de l’importance des séries télé !

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Depuis que je me suis mise à m’intéresser sérieusement aux séries, j’ai souvent eu l’impression que ce médium était dénigré par beaucoup notamment par rapport au cinéma. Les séries étant diffusé à la télévision sont considérées comme un média de masse moins riche que le cinéma diffusé, lui, sur grand écran et considéré comme un art à part entière. Le mépris de certaines élites de notre société pour tout ce qui touche à la  culture populaire m’irrite profondément. Les séries télé aujourd’hui ne seraient-elles qu’un sous cinéma sans fond et destinées uniquement à divertir de manière superficielle sans valeur artistique ?

Ma réponse est bien sûr non. Au contraire, je trouve que l’industrie de la télévision prend beaucoup plus de risques que n’importe quelle autre industrie culturelle aujourd’hui. Pour faire un film, il faut de l’argent. Beaucoup d’argent. Pour que le film soit rentable, il faut pouvoir le diffuser dans le maximum de salles possibles et à cause de cette contrainte, les films qui parviennent jusqu’à nos écrans sont souvent peu originaux et toujours avec les mêmes têtes. Il y a bien sûr l’existence d’un cinéma indépendant parfois petit budget très variée mais celui-ci est malheureusement peu accessible étant donné ce problème de distribution justement. A la télé, j’ai l’impression que les producteurs osent beaucoup plus.

Venons-en à Man Seeking Woman. Man Seeking Woman est une série américaine diffusée sur FXX, chaine du groupe FX depuis 2015. Il y a actuellement 2 saisons d’épisodes de 20 minutes. Cette série que je vous conseille VIVEMENT raconte les aventures amoureuses de Josh Greenberg, un jeune adulte un peu paumé. Jusqu’ici rien d’original mais tout le génie de Man Seeking Woman réside dans l’écriture. Cette série est complètement absurde, il n’y a pas d’autres mots pour la décrire. Il peut tout arriver dans un épisode, il n’y absolument aucune limite et c’est tellement drôle. La série fait vraiment du bien parce qu’elle essaye vraiment de toujours innover dans son genre entre parodie et humour noir. Pour vous donner un exemple sans spoiler, rien que dans le premier épisode on a une apparition d’Hitler âgé qui est devenu le copain de l’ex de Josh. Pour accompagner son écriture dingue, un univers graphique très riche est mis en valeur. Les éléments fantastiques comme la pieuvre aux multiples pénis Tanaka sont vraiment réussis et concordent totalement avec tout l’ambiance de la série.

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Cette série était donc un pari risqué pour ses producteurs car son créateur tout comme son casting sont totalement inconnus du public et le postulat de départ est très audacieux. Pourtant FX, chaîne américaine du câble qui diffuse également American Horror Story, a choisi de miser sur elle et les audiences lui ont donné raison. Même celles-ci n’étaient pas fantastiques, la chaîne a tout de même commandé une saison 2 diffusée en ce moment. Les chaînes majoritairement américaines (j’aborderai surement un jour la question du quasi monopole des Etats-Unis sur le monde des séries) semblent en concurrence pour trouver le projet le plus fou car elles sont forcées de constater que le public aime cette diversité. Il n’y a qu’à voir le succès inattendu de Game of Thrones. Avant le début de la série, la fantasy était considérée comme un genre très particulier plaisant uniquement à un petit groupe d’initiés. Got a bien montré que tout le monde pouvait s’intéresser à la fantasy et que le public demande de la nouveauté. Les chaines ont donc intérêt à diffuser de nouveaux formats et de nouveaux concepts.

Les séries attirent de plus en plus de monde, public comme créateurs de contenu. Dans une série, ce n’est pas le réalisateur qui compte le plus comme au cinéma mais le scénariste appelé showrunner. Ce qui est primordiale pour ce médium est avant tout l’histoire. Le public a besoin d’histoires dans lesquelles se réfugier à intervalle régulier un peu moins d’une heure par semaine. Ce serait le plus prendre pour un idiot de lui resservir toujours la même histoire. La diversité des séries se retrouvent aussi bien dans les formats (d’un épisode de MTV de 20min à un épisode de Sherlock de 1h30) que dans les genres (de la série animée au documentaire), dans les sujets abordés que dans la manière de raconter les histoires (la narration à 2 points de vus de The Affair est possible uniquement parce que c’est une série). C’est le public qui juge une série et qui choisit les histoires qu’il veut voir continuer !

Les BDs du mois de janvier

Nous sommes aujourd’hui le 29 janvier et le festival d’Angoulême est en train de se dérouler. L’édition de cette année a particulièrement fait polémique à cause de l’absence d’auteurs femmes nominées pour le Grand Prix. De nombreux auteurs masculins faisant parti de la liste ont alors décidé de se retirer de la compétition comme Riad Sattouf. Pour rendre hommage à toutes ces femmes qui écrivent bel et bien de la BD, j’ai décidé de vous présenter 3 BDs écrites par des femmes (toutes françaises pour le coup) que j’ai lu au cours du mois de janvier.

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La nouvelle BD de Bagieu sortie l’année dernière change plutôt pas mal de ce qu’elle a pu faire précédemment tant au niveau de l’histoire que du dessin. California Dreamin’ nous emmène aux Etats-Unis dans les 60s à la rencontre de Cass Elliot, la mythique chanteuse du groupe The Mamas & the Papas. Cass est un personnage très attachant et très fort, une femme ronde avec un caractère bien trempé prête à tout pour devenir chanteuse. Bagieu a effectué un énorme travail de recherche car la BD est vraiment proche de la vraie  de la vie de la chanteuse que ce soit au niveau de l’histoire ou de la ressemblance entre les lieux et personnages de la BD avec la réalité. Toute la BD a été entièrement réalisé au crayon à papier ce qui donne un nouveau souffle au trait de Bagieu et des planches vraiment magnifiques. Je vous conseille cette BD si vous avez envie de vous replonger dans les 60s entre drogues et musique et rock ou si vous avez envie de découvrir une femme libre et indépendante qui refuse toutes contraintes de la société !

California Dreamin’ de Pénélope Bagieu

Editions Gallimard – 2015

24€

15/20

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Marjane Satrapi est connue pour sa série Persépolis qui a d’ailleurs reçu des prix à Angoulême. Aujourd’hui, elle semble plus s’être tourné vers la réalisation que les BDs mais il est toujours bon de se replonger dans son travail. Dans Broderies, Marjane Satrapi nous fait pénétrer à l’intérieur du salon de sa grand-mère lors d’un thé entre femmes en Iran. Des femmes de la famille et des amies de plusieurs génération sont présentes, chacune raconte tour à tour une anecdote intime de sa vie de femme lié aux hommes, à l’amour ou au sexe entre commérages et révélations. J’ai trouvé que cette BD était vraiment un très bel hommage aux femmes de sa jeunesse et à toutes les femmes iraniennes. On y découvre des femmes libérées sexuellement dans un pays où le droit des femmes est discutable. Des thèmes comme le mariage forcé ou la première fois sont abordés avec beaucoup de finesse. Ce livre est tout pleins de tendresse et nous donne l’impression, pour la durer de notre lecture, de faire parti de ce cercle de femmes.

Broderies de Marjane Satrapi 

Editions l’Association – 2003

18/20

Encore une auteure que je connais bien, Vanyda qui a écrit la série Valentine emblème des mes années collège. J’ai trouvé cette BD à ma bibliothèque et j’avais envie de voir ce que Vanyda était devenue. Un petit goût de noisette est en réalité un recueil de nouvelles parfois faisant uniquement quelques pages parfois plus longues. Chaque nouvelle se concentre sur le point de vue d’un personnage et de ses rapports avec d’autres souvent dans le cadre d’une idylle amoureuse. Certains personnages se retrouvent dans plusieurs nouvelles mais pas tous.  J’ai trouvé le concept très sympa mais cependant, j’ai eu du mal à accrocher à certains personnages alors que deux-trois ont réussi à vraiment me toucher. Le style de Vanyda est toujours très proche du manga mais cette fois elle a rajouté de la couleur, une couleur pour chaque nouvelle, ce qui nous offre des planches vraiment magnifiques. Je ne pense pas que cette BD me marquera longtemps car j’ai surtout préféré le dessin plutôt que l’histoire qui était parfois trop brève pour me marquer.

Un petit goût de noisette de Vanyda

Editions Dargaud – 2014

17.95€

12/20