Nocturama de Bertrand Bonello (2016)

Comment peut-on en dire énormément sur notre société en très peu de phrases ?

J’avais prévu de vous faire un article sur une autre oeuvre mais voilà, hier soir je suis allée au ciné et hier soir je me suis pris une claque.

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Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, c’est une de mes collocs qui me l’avait conseillé. Au début, clairement, je me suis demandée pourquoi j’avais suivi sa recommandation. Dans toute la première partie du film (qui est plutôt long, 2h10), on suit plusieurs personnages dans le métro puis dans les rues de Paris. Il faut être attentif pour attraper au passage toutes les informations distillées par le réalisateur pour nous faire comprendre l’intrigue et le premier dialogue (il y en a vraiment pas des masses dans le film) doit arriver autour de la vingtième minute. Beaucoup seront découragés et déçus par cette première partie mais, personnellement, je trouve que ça fait du bien de temps en temps de ne pas tout donner au spectateur et de le laisser un peu se débrouiller par lui-même.

Réfléchir, il le faudra parce que du début à la fin, le film soulève pleins de questions laissés sans réponse. Le scénario tient à vrai dire en une ligne : un groupe de jeunes, d’environ 12 à 30 ans et venant de tout milieu social, commet une série d’attentats dans différents lieux de la capitale. Comment ses jeunes se sont-ils rencontrés ? Quelles sont leurs revendications ? En ont-ils seulement ? Le spectateur peut bien sûr se faire son avis sur ces questions car les endroits visés sont hautement symboliques mais ces réponses ne viendront en tout cas pas des bouches des protagonistes.

On peut facilement abandonner le film dès le début décontenancé par sa vitesse et passé à côté de son propos. Toutefois, si on fait l’effort intellectuel de s’accrocher aux personnages, l’émotion va crescendo. Je me suis réellement senti impliqué au sein de ce groupe même si je ne suis pas encore sûre d’en avoir bien cerner tous les membres. Les acteurs sont excellents surtout lorsqu’on sait que la moitié d’entre eux n’avaient jamais été devant une caméra avant.

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La force du film réside, cependant, dans la réalisation. Putain, qu’est ce que c’était beau ! Pourtant Bonello filme des lieux de la vie quotidienne (le métro, l’immense magasin de la deuxième partie …) mais tous les plans sont soigneusement travaillés. J’ai trouvé que la BO était particulièrement bien choisie surtout qu’elle est très importante dans un film avec aussi peu de dialogues. Il y a des scènes qui vont clairement me hanter pour un moment.

Je vous encourage vraiment à aller voir le film rien que pour voir quelque chose qui sort de l’ordinaire et qui pousse vraiment le spectateur à réagir et à se poser des questions sur notre société et la place de la jeunesse dans celle-ci.

Encore plus …

Si vous voulez aller plus loin après avoir vu le film, je vous recommande cette interview du réalisateur par Timeout.fr et celle-ci de deux acteurs du film par Madmoizelle.

Nocturama m’a également fait pensé à deux autres films reprenant la même thématique de la jeunesse qui se cherche avec la même recette, un scénario plutôt minimaliste et de très beaux plans : Palo Alto de Gia Coppola que j’avais chroniqué ici  et bien, sûr, un de mes films préférés de tout les temps, Virgin Suicides de Sofia Coppola. Ici, la comparaison me parait encore plus pertinente car dans le deux films il n’est jamais clairement dit pourquoi les personnages en viennent à commettre des actes aussi extrêmes, attentats ou suicides.

Laurence Anyways de Xavier Dolan

Pour la sortie hier du nouveau film de Xavier Dolan, Mommy, j’ai choisi de vous chroniquer un de ses anciens films Laurence Anyways. Je trouve qu’on voit Xavier Dolan de partout en ce moment et il est qualifié par beaucoup de critique de jeune prodige du cinéma mais j’ai l’impression que pas beaucoup de gens ont vraiment pris la peine de voir ses films.

Laurence Anyways parle de Laurence, un homme qui décide de changer de sexe. On suit sur une période de 10 ans dans les années 1990 sa relation tourmenté avec sa compagne Fred.

Pour ma part, c’est la deuxième film de Xavier Dolan que je vois après Les amours imaginaires et j’ai largement préféré celui-là. J’ai absolument tout adoré et j’ai envie de vous enchaîner à une chaîne pour vous forcer à le regarder. Je ne pense pas que ce film (et que la filmographie de Xavier Dolan en général) peut plaire à tout le monde pour deux raisons. La première, est qui m’a gêné au début, est que Dolan travaille tout le temps avec les mêmes acteurs venant pour la plupart du Québec et ayant un accent très prononcé. Je n’ai absolument rien contre l’accent québequois mais je dois reconnaître que certains personnages sont parfois dure à comprendre. La deuxième raison est que on retrouve dans tous ses films un univers assez particulier que personnellement j’adore mais qui correspond plus à un univers de films indépendants, d’artistes qu’aux normes du cinéma actuelle. C’est d’ailleurs dommage car ses films sont en général considéré comme des films « d’intellos » alors que la volonté de Xavier Dolan comme il le répète en interview est de créer des films grand public.

Si ces deux aspects ne vous dérange pas, qu’attendez-vous ? Tout est parfait, les acteurs que je ne connaissais pas m’ont époustouflés. Suzanne Clément qui joue Fred a un talent immense, elle m’a ressentir toutes les émotions possibles et imaginables et j’espère la voir un jour dans d’autres films. Le sujet est superbement traité, la transsexualité est abordée d’une manière très simple sans jugement. Cependant, ce qui ressort le plus du film en terme de scénario c’est l’histoire d’amour. Un peu comme Le bleu est une couleur chaude (la BD de Julie Maroh pas le film de Kechiche !!) est avant d’être une histoire sur l’homosexualité une histoire d’amour, Laurence Anyways avant d’être un film sur le changement de sexe est également une magnifique histoire d’amour.

J’adore la manière de filmer de Xavier Dolan. Je trouve qu’il y a des plans très poétique et même si le film est très réaliste, on perçoit une part de fantastique, de magie. Certaines images ne me quitteront pas comme par exemple celle où un papillon sort au ralenti de la bouche de Laurence. Tout est très travaillé, les musiques pop, les costumes style friperie vintage, les couleurs ….

Bref je vous conseille absolument de vous pencher sur ce film ou du moins sur Xavier Dolan ! J’ai très hâte de découvrir Mommy !

Laurence Anyways écrit et réalisé par Xavier Dolan

Avec : Suzanne Clément, Melvil Poupaud, Monia Chokri, Nathalie Baye …

2012 – 168 min

Palo Alto de Gia Coppola

Etant une immense fan de Sofia Coppola, c’était limite une obligation pour moi de découvrir le premier film de sa nièce Gia Coppola surtout que j’avais lu pas mal de critiques comparant Palo Alto à Virgin Suicides, un de mes films préférés.

Premier point de ressemblance avec Sofia, Gia choisit comme sujet de premier film des adolescents désillusionnés qui s’ennuient à mourir à Palo Alto, Californie. Le scénario reprend des personnages de nouvelles de James Franco que je meurs d’envie de lire. L’histoire n’a pas vraiment une intrigue qu’on suit du début à la fin, je le vois plus comme plusieurs portraits d’adolescents. Gia Coppola se contente de nous montrer qui ils sont, elle ne pose point de jugements sur leurs actes et ne répond à aucune question, elle semble juste vouloir nous dire « regardez ces enfants complètement paumés en train de souffrir, regardez comme c’est beau ».

Car là où l’on voit le plus l’influence de sa tante sur la jeune réalisatrice c’est bien dans la beauté des images et ce n’est pas pour me déplaire. Les couleurs à la fois pastel et sombres et les plans choisis toujours très judicieux ne sont pas du tout pour me déplaire. J’adore un film quand l’histoire est prenante et les personnages bien construits mais j’adore un film par dessus du tout quand je le trouve juste beau. J’avais juste envie de faire des poses pour croquer toutes les scènes pendant tout le film tellement j’ai aimé la manière dont Gia Coppola filme ses personnages.

J’ai trouvé les dialogues très bien écrits et les jeunes acteurs jouent très biens (après The 100 ça fait plaisir de voir qu’il y a de jeunes acteurs qui savent être crédible avec un jeu simple). Si Emma Roberts, parfaite dans ce rôle, n’est pas vraiment une révélation, Nat Wollf et Jack Kilmer sont des acteurs à suivre.

Je n’ai pas grand chose à dire sur ce film tellement je l’ai aimé. Il est loin d’être parfait, certains vont surement le trouver ennuyeux ou d’autres sans intérêt mais moi c’est tout ce que j’aime des belles images et des personnages justes et attachants. Je trouve que parfois le simple quotidien des gens si il est bien filmé m’émeut autant voir plus qu’un drame avec séparation et mort au final. J’attends avec impatience le prochain film de Gia Coppola et j’espère qu’elle trouvera une marque un peu plus personnelle car si j’ai un seul reproche à faire à ce film c’est peut être que j’ai trouvé les ressemblances avec l’univers de Sofia Coppola un peu trop grandes. On aurait parfois dit des personnages de The Bling Rings filmés à la manière de Virgin Suicides.

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Palo Alto, un film américain de Gia Coppola

Avec Emma Roberts, James Franco, Nat Wolff, Jack Kilmer …

1h30

2014