Man Seeking Woman et la diversité des séries télé

Je tente aujourd’hui un nouveau type d’article. Au lieu de vous faire une critique simple d’une oeuvre, j’ai décidé de me servir d’une oeuvre dont j’ai envie de parler  pour aborder un sujet de société ou culturel plus vaste. Pour ce test, j’ai chois de vous parler de Man Seeking Woman et de l’importance des séries télé !

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Depuis que je me suis mise à m’intéresser sérieusement aux séries, j’ai souvent eu l’impression que ce médium était dénigré par beaucoup notamment par rapport au cinéma. Les séries étant diffusé à la télévision sont considérées comme un média de masse moins riche que le cinéma diffusé, lui, sur grand écran et considéré comme un art à part entière. Le mépris de certaines élites de notre société pour tout ce qui touche à la  culture populaire m’irrite profondément. Les séries télé aujourd’hui ne seraient-elles qu’un sous cinéma sans fond et destinées uniquement à divertir de manière superficielle sans valeur artistique ?

Ma réponse est bien sûr non. Au contraire, je trouve que l’industrie de la télévision prend beaucoup plus de risques que n’importe quelle autre industrie culturelle aujourd’hui. Pour faire un film, il faut de l’argent. Beaucoup d’argent. Pour que le film soit rentable, il faut pouvoir le diffuser dans le maximum de salles possibles et à cause de cette contrainte, les films qui parviennent jusqu’à nos écrans sont souvent peu originaux et toujours avec les mêmes têtes. Il y a bien sûr l’existence d’un cinéma indépendant parfois petit budget très variée mais celui-ci est malheureusement peu accessible étant donné ce problème de distribution justement. A la télé, j’ai l’impression que les producteurs osent beaucoup plus.

Venons-en à Man Seeking Woman. Man Seeking Woman est une série américaine diffusée sur FXX, chaine du groupe FX depuis 2015. Il y a actuellement 2 saisons d’épisodes de 20 minutes. Cette série que je vous conseille VIVEMENT raconte les aventures amoureuses de Josh Greenberg, un jeune adulte un peu paumé. Jusqu’ici rien d’original mais tout le génie de Man Seeking Woman réside dans l’écriture. Cette série est complètement absurde, il n’y a pas d’autres mots pour la décrire. Il peut tout arriver dans un épisode, il n’y absolument aucune limite et c’est tellement drôle. La série fait vraiment du bien parce qu’elle essaye vraiment de toujours innover dans son genre entre parodie et humour noir. Pour vous donner un exemple sans spoiler, rien que dans le premier épisode on a une apparition d’Hitler âgé qui est devenu le copain de l’ex de Josh. Pour accompagner son écriture dingue, un univers graphique très riche est mis en valeur. Les éléments fantastiques comme la pieuvre aux multiples pénis Tanaka sont vraiment réussis et concordent totalement avec tout l’ambiance de la série.

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Cette série était donc un pari risqué pour ses producteurs car son créateur tout comme son casting sont totalement inconnus du public et le postulat de départ est très audacieux. Pourtant FX, chaîne américaine du câble qui diffuse également American Horror Story, a choisi de miser sur elle et les audiences lui ont donné raison. Même celles-ci n’étaient pas fantastiques, la chaîne a tout de même commandé une saison 2 diffusée en ce moment. Les chaînes majoritairement américaines (j’aborderai surement un jour la question du quasi monopole des Etats-Unis sur le monde des séries) semblent en concurrence pour trouver le projet le plus fou car elles sont forcées de constater que le public aime cette diversité. Il n’y a qu’à voir le succès inattendu de Game of Thrones. Avant le début de la série, la fantasy était considérée comme un genre très particulier plaisant uniquement à un petit groupe d’initiés. Got a bien montré que tout le monde pouvait s’intéresser à la fantasy et que le public demande de la nouveauté. Les chaines ont donc intérêt à diffuser de nouveaux formats et de nouveaux concepts.

Les séries attirent de plus en plus de monde, public comme créateurs de contenu. Dans une série, ce n’est pas le réalisateur qui compte le plus comme au cinéma mais le scénariste appelé showrunner. Ce qui est primordiale pour ce médium est avant tout l’histoire. Le public a besoin d’histoires dans lesquelles se réfugier à intervalle régulier un peu moins d’une heure par semaine. Ce serait le plus prendre pour un idiot de lui resservir toujours la même histoire. La diversité des séries se retrouvent aussi bien dans les formats (d’un épisode de MTV de 20min à un épisode de Sherlock de 1h30) que dans les genres (de la série animée au documentaire), dans les sujets abordés que dans la manière de raconter les histoires (la narration à 2 points de vus de The Affair est possible uniquement parce que c’est une série). C’est le public qui juge une série et qui choisit les histoires qu’il veut voir continuer !

The Leftovers

The Leftovers était LA série qui a fait parler d’elle cet été et j’étais impatiente de voir ce qu’elle valait vraiment. Voici donc mon avis !

Pour l’histoire, on se retrouve dans un monde semblable semblable aux nôtres à l’exception près que la série se déroule 3 ans après le 14 octobre. Ce jour marquant pour toute la planète est celui de la disparition mystérieuse de 2% de la population mondiale. Dans ce contexte, on découvre une bonne palette de personnages résidant à Mapleton, une petite ville des Etats-Unis ayant chacun repris leurs vies  de manière différente après ce drame.

Cette série me fait énormément pensé à l’excellente série française Les Revenants. Même contexte fantastique: dans un cas des disparitions et dans l’autre des résurrections et même traitement : le côte mystère est laissé de côté pour filmer au plus près des réactions de gens de tous les jours. Cette histoire du 14 octobre est omniprésente dans la série mais pas vraiment dans le sens d’une énigme que les protagonistes et les spectateurs cherchent à démêler, The Leftovers est plutôt une démonstration sociologique de comment un pareil événement peut toucher monsieur et madame tout le monde. Je ne sais pas si à un moment de la série, les scénaristes nous donneront la vérité sur ce drame et à vrai dire, cela ne me gêne pas du tout de ne pas savoir ce qui s’est réellement passé car ce qui est  vraiment mis en valeur et développer c’est la richesse des personnages.

Parlons donc des personnages, pendant les 3 premiers épisodes j’étais très prise dans l’histoire, j’adorai l’atmosphère et même si je ne comprenais pas grand chose, je me disais que c’était que le début. Le problème est que même en avançant, j’ai eu énormément de mal à comprendre les motivations de tous les protagonistes. A mon avis, ils ont voulu trop faire et ils auraient mieux fait de se concentrer sur seulement 4-5 personnes comme par exemple la famille Garvey. Pour ceux qui ont vu la série, j’ai trouvé toute la partie avec Wayne totalement incompréhensible et sans intérêt à part m’embrouiller. Le fait d’accumuler à ce point des personnages nous empêchent de nous attacher à une intrigue en particulier et c’est selon moi c’est le gros défaut de The Leftovers. C’est vraiment dommage car il y a vraiment des personnages super intéressants et originaux (la secte qui m’a beaucoup plus, le prêtre …) et j’aurai aimé qu’on les exploite plus au lieu de nous en proposer des nouveaux et de frôler parfois la frontière du bordel what the fuck.

Sinon le casting est excellent (en même temps quand on peut s’offrir Liv Tyler et Justin Theroux …), c’est très bien filmé et la musique est à tomber par terre. Je regardai avec plaisir la saison 2 en espérant avoir un peu plus de réponses spécialement sur les rôles des personnages dans toute cette affaire ! Je vous la conseille si vous avez envie de voir quelque chose que vous avez jamais vu avant !

 

The Leftovers de Damon Lindelof et Tom Perrotta

Avec Justin Theroux, Liv Tyler, Amy Brenneman, Christopher Eccleston …

1 saison (10 épisodes de 50min)

HBO – 2010

Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon

Je n’ai pas vraiment de bons souvenirs de films français à quelques exceptions prêt, c’est pour cela que lorsqu’on me propose de regarder un film provenant de mon cher pays j’y vais un peu à reculons (ce qui est bien dommage, je vous l’accorde) et je dois vous dire que pour cette fois j’ai eu tord.

Le premier jour du reste de ta vie est une comédie dramatique qui raconte 5 jours de la famille Duval composé des deux parents, de deux fils et d’une fille entre 1988 et 2000. Chaque jour, même si l’on retrouver à chaque fois tous les personnages est centré sur un membre de la famille.

Le premier jour est un film que j’aime particulièrement surtout pour son écriture que je trouve remarquablement intelligente.  On pourrait pensé que avec seulement 5 jours raconté, on ne voit que des échantillons de la vie de cette famille mais ce n’est pas le cas grâce à des astuces de réalisation. Dans chaque partie (une partie = un jour), on est dans la tête d’un personnage et on voit donc ses souvenirs. Les flash-backs sont super bien montés, je pense notamment à ma scène préférée du film où la mère lit le journal intime de sa fille et pendant qu’une voix off lit ce qui est écrit on voit l’adolescente qui grandit de page en page dans le même plan que la mère est train de lire dans le présent.

Il y a des clins d’œil entre les parties et les liaisons se font plutôt bien. Le film se déroulant sur 12 ans, on y rencontre beaucoup d’allusions à des faits d’époque comme la mort de Kurt Cobain (même si ils se sont trompés dans la date) et les musiques sont en accord avec les dates ce qui est plutôt sympa.

Les seuls défauts que j’ai trouvé à ces narrations, ce que les journées m’ont semblé parfois durer beaucoup plus que 24h et que les acteurs particulièrement les enfants, ne semblent pas vieillir d’un poil physiquement en 12 ans ce qui m’a un peu dérangé car j’ai du mal à situer leur âge dans certaine partie.

J’ai globalement apprécié les personnages même si ils n’ont rien d’exceptionnel et que certains (les secondaires principalement) sont très clichés comme la copine de Albert passionnée d’écologie et de bio. Mon personnage préférée est la fille, Fleur (il y a un gros problème sur le prénom par contre) joué par Déborah Français que j’aime beaucoup car c’est celle qui m’a le plus marqué. Les relations entre les personnages sont intéressantes même si encore une fois assez classique et parfois à la limite du cliché (le grand frère trop protecteur qui n’accepte pas les petits amis de sa fille).

Vous devez me demander pourquoi je classe le film dans mes coups de cœur alors que ma critique n’est pas si élogieuse que ça. Je ne vous dirai pas que ce film est spécialement original ou marquant et que j’ai trouvé les acteurs et/ou les personnages remarquables car je ne le pense pas. Par contre, je vous conseille très vivement de le regarder un soir où vous aurez un coup de blues car l’ambiance qui se dégage de ce film me réchauffe le cœur. C’est un film que j’ai déjà revu et que je n’hésiterai pas à encore regarder lorsque j’aurai besoin d’un petit quelque chose simple, beau et frais pour me réconforter. Le premier jour du reste de ta vie est un peu comme un vieille ours en peluche, ce n’est certainement pas le truc le plus extraordinaire que vous possédez mais pourtant dès que vous y jetez un coup d’œil, une onde de tendresse et de bonheur traverse votre corps.

Le premier jour du reste de ta vie, un film français de Rémi Bezançon

Avec Jacques Gamblin, Zabou Breitman, Déborah François …

114 min

2008

Shameless (US)

la-famille-gallagher

Il y a des séries (ou des sagas littéraires mais c’est une autre histoire) avec lesquels, au moment de dire au revoir aux personnages et à l’univers qui nous ont accompagné pendant de nombreuses heures, je ressens une immense tristesse. C’est ce qu’il m’est arrivé la nuit dernière en finissant la saison 4 de Shameless. Bien sûre, je sais que ce n’est pas la fin car une saison 5 est déjà en cours de tournage mais rien y fait, je suis restée une bonne heure allongée dans mon lit, scotchée, incapable de rien faire … C’est un peu comme quitter un ami d’enfance que l’on ne voit plus très souvent ou partir la maison de vacances de ses grands-parents à la fin de l’été : même si on sait au fond de nous que ce n’est pas vraiment la fin, ces évocations nous font ressentir une légère douleur au cœur.

Shameless (US) est une série américaine qui est inspiré de son homonyme anglais (que je n’ai jamais regardé). Elle est diffusée depuis 2011 sur Showtime et connait un assez grand succès. Shameless raconte, pour faire court, la vie de la famille Ghallager à Chicago. Frank, le père, est alcoolique et irresponsable et c’est Fiona, l’aînée qui élève ses 5 frères et soeurs : Lip, Ian, Debbie, Carl et Liam.

Là, je vous vois venir, si vous n’avez jamais regardé un seul épisode de cette série, vous vous imaginez quelque chose de très larmoyant qui a pour but de prendre en pitié ces pauvres petits enfants sans père ni mère pour s’occuper d’eux. Mais la vérité c’est que Shameless est une série infiniment drôle. L’humour est d’ailleurs la première chose qui m’a fait accroché aux aventures de la famille Ghallager. Alors que l’histoire aurait pu prendre un tournant très lourd et grave, l’humour assure un ton très léger et rafraîchissant.

Au fil des épisodes puis des saisons, les personnages évoluent dans des directions toujours très justes (pas justes dans le sens de la justice mais justice dans le sens que c’est crédible) et intéressantes. Je me suis attachée à toute la fratrie Ghallager (mention spéciale à Lip, j’en suis totalement amoureuse) et j’ai l’impression de les connaitre aussi bien que ma propre famille. De plus, les personnages secondaires, récurrents ou non, sont très différents les uns des autres, peu clichés et très bien travaillés.

Enfin, si j’avais un dernier mot à dire pour vous convaincre c’est que cette série aborde des thèmes comme l’alcoolisme, l’homosexualité et la pauvreté sous un angle touchant rare et sans jamais tomber dans le mélodrame ou le discours moralisateur. Bref, je ne peux que vous conseillez Shameless, vous allez rire, beaucoup, et surement vous allez avoir la surprise, au détour d’un épisode, sentir une larme couler sur votre joue …

Shameless (US) créé par Paul Abott

2011 – en cours de production (4 saisons)

Avec Emmy Rossum, William H. Mancy, Jeremy Allen White, Shanola Hampton …