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Souvenirs d’un chez soi perdu

J’ai emménagé dans cette maison quand j’avais moins de 6 mois. Bien sûr, je ne m’en rappelle pas. J’ai appris à marcher dans sa cours, j’ai joué pendant des heures dans son jardin. Nous avions installé un trampoline dans l’herbe et je cueillais les herbes aromatiques que je mettais dans de l’eau pour faire des parfums. Plus tard, j’y ai organisé des soirées d’anniversaire mémorables. Tous mes souvenirs de famille, bons comme mauvais, sont intimement liés à ces murs. J’ai passé un nombre incalculable d’heures dans ma chambre, parfois simplement dans le noir à me balancer au rythme de la musique.

Autour de cette maison, il y a un plateau et un bois. Dans ce bois, une rivière coule dans laquelle je me suis baignée l’été. Depuis que je peux aller me promener toute seule, dès que l’angoisse devient trop grande je descends au bord de la rivière en courant et j’écoute le bruit de l’eau qui coule. Je ne sais pas si un jour, je retrouverais un lieu qui m’apaise autant (à Paris en tout cas cela me parait compromis).  En grandissant, je me suis souvent plains d’habiter ici car j’étais trop loin de la ville et de son animation. Au lycée, je ne pouvais pas sortir comme je voulais pas parce que mes parents étaient strictes mais parce que tous mes amis étaient trop loin et nous avions aucun moyen de transport pour nous rendre où nous aurions aimé être. Pourtant, maintenant que je suis à Paris et que je peux rentrer sans me soucier de l’heure du dernier bus chez moi, j’ai toujours un petit pincement au cœur que je repense à cette maison.

Car cette maison que j’ai quitté le 26 août dernier, je l’ai quitté pour toujours. Je ne pourrai plus jamais y entrer. Tout ce qui me reste d’elle, ce sont des souvenirs comme ceux que je vous ai brièvement raconté. J’ai très peur de l’oubli. Je déteste me dire qu’une chose est finie et que je ne pourrais plus jamais y revenir. Cette maison, c’était l’endroit où je savais que je pouvais toujours me réfugier si quelque chose au dehors ne fonctionnait pas, maintenant je n’ai plus de refuge. A vrai dire, avant de partir j’ai filmé pleins de plans à l’intérieur et à l’extérieur de cette maison, je voulais en faire quelque chose en vidéo aujourd’hui mais je m’en suis senti incapable. Trop tôt. J’ai encore du mal à me dire que je ne pourrais évoquer ces lieux que dans le passé, que je ne peux plus me projeter là-bas. Pour l’instant, c’est simple car je suis à 400 km mais il faudra bien que j’y retourne un jour.

Et toi ? C’est comment chez toi ?

Un aller simple pour Paris

Il y a maintenant deux semaines, j’ai quitté ma mère, mon chat et ma maison pour partir à 400km de chez moi. J’ai tout quitté pour ne jamais revenir. Je peux bien sûr retourner voir ma mère et mon chat mais la maison est vendue, j’ai passé toute ma vie dedans et je n’y remettrai jamais plus un pied.

Chez moi, maintenant, c’est une chambre de 9m² dans Paris. Sur le coup, partir a été facile. J’ai dis au revoir à mes amis comme je leur aurais dit au revoir la vieille d’un départ de vacances. Il n’y a eu ni grands discours ni larmes et c’est peut-être mieux comme ça. C’est mon choix de venir ici, la ville, je la réclame depuis le collège. J’ai grandi à la campagne même si j’étais non loin d’une grand ville, sans permis voiture je ne pouvais pas aller au cinéma ou sortir le soir où j’en avais envie. J’ai été en colère face à cette situation, j’en ai même voulu à mes parents de s’être installé ici et surtout à mon père d’être retourné en ville me laissant au milieu des champs. Pourtant, avant de partir, j’ai passé une semaine dans les Alpes suisses coupées du monde avec grand plaisir et je n’ai pas arrêté de me balader autour de chez moi alors que depuis mon entrée au lycée, je ne le faisais presque plus. C’est triste de se dire que parfois il faut tout abandonner pour se rendre compte de la beauté qui était juste sous nos yeux.

Paris, ça va. Le début est un peu difficile car je ne connais personne ici. Quand je me sens trop seule, je me force à sortir rien que pour aller faire un tour dans mon quartier et tout de suite ça va mieux. J’ai des gens avec qui parler quand je vais à la fac ou même chez moi vu que je suis en collocation mais personne ne me connait ici. Avec ces gens, je dois me forcer à créer des souvenirs car nous en avons aucun à partager. Ici, rien est déjà défini, tout est à construire et c’est parfois tellement fatiguant. En bonne introvertie, je ne suis pas du tout douée pour les « small talks » et doit faire des efforts pour commencer une conversation. Je sens toutes les possibilités que Paris a à m’offrir mais il y a pleins de choses que je n’ose pas faire seule. Aller à une expo ou au ciné seule ne me pose aucun problème mais dès que vient le soir, je suis blottie dans mon lit avec un thé et une série car je n’ai personne avec qui allait explorer la ville.

J’écris cet article, très personnel, parce que je sais qu’en ce moment nous sommes beaucoup à avoir quitté nos foyers pour aller vivre ailleurs, certains ont dû faire des voyages beaucoup plus importants que moi, d’autres sont peut-être encore sur la route. Peut-être que certains sont tentés de faire demi-tour et de rentrer chez eux mais moi malgré la solitude et l’absence de tout repère, je suis heureuse d’être ici et j’ai envie de me battre pour me faire une place.

1 mois en tant qu’aide à domicile

Quelle place pour les personnes âgées dans notre société ?

Je viens de finir un mois de travail pour une association d’aide à domicile de ma région. Je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de commencer ce job mais je devais absolument travailler cet été et n’ayant pas 18 ans, je n’avais pas beaucoup de choix.

Concrètement, j’ai fait quoi ?

Pendant, un mois je me suis rendue au domicile de personnes vivant dans mon village ou aux alentours. Je suis intervenue principalement auprès de personnes âgées surtout des femmes vivant seuls mais aussi des hommes et des couples.Toutes ces personnes avaient des difficultés dans leur vie quotidienne dû à des problèmes physiques mais aussi parfois mentaux (maladie d’Alzheimer …). Je sais que l’association intervient aussi auprès d’autres publics comme des personnes handicapés. Pour ma part, j’ai travaillé avec une dame relativement jeune qui avait un trouble du comportement important. Chez toutes ces personnes, j’ai dû faire de l’aide à la toilette, de l’aide au repas et aux courses et du ménage. Mais la partie la plus importante de mon job était sociale. En effet, pour beaucoup de personnes isolées socialement, notre passage est surtout un moyen pour eux de garder un lien avec la société. Malgré ma réticente du début, j’ai très vite compris à quel point ce job allait devenir enrichissant pour moi.

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The Golden Years / Dean Bradshaw

Les jeunes avec les jeunes et les vieux loin derrière

 Certains de mes proches ont une réaction vraiment négative quand je leur ai annoncé que j’avais eu ce job. J’ai entendu plusieurs fois « tu es jeune, tu devrais rester avec des jeunes ». Aujourd’hui, je suis persuadée que cette réaction est entièrement dû à la manière dont sont considérés les personnages âgées dans notre société.

On pourrait penser que les personnes âgées n’ont plus rien à apporter aux autres.

On a tendance à penser que les personnes âgées doivent restées dans leur coin et qu’elles n’ont plus rien à apporter aux autres, les métiers de la vieillesse (infirmiers en maison de retraite, aide à domicile …) sont d’ailleurs très dévalorisés. Après avoir passé un mois auprès de personnes allant de 70 à 96 ans , j’ai envie de dire que c’est faux. Ces personnes peuvent jouer un rôle dans nos sociétés si elles sont bien intégrées, elles ont même énormément à transmettre.

Pendant ce mois, j’ai eu une multitude de conversations toutes plus intéressantes les unes que les autres. J’ai été au contact de 22 personnes différentes, j’en ai vu  certaines qu’une seule fois et d’autres plus de 10 fois. Parfois, elles m’ont partagé seulement quelques conseils pour l’entretien de la maison mais il m’est arrivé de recevoir de véritables leçons de vie. J’ai été très étonnée par leur ouverture d’esprit et leur bienveillance envers la jeunesse.

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 The Golden Year / Dean Bradshaw 

C’est vraiment arrivé en dehors des livres

La grande majorité des personnes que j’ai rencontré habite dans la même région voir dans le même village depuis leur enfance ou leur mariage (une dame m’a même confié être née juste en face de la maison où elle vit actuellement !). J’ai pu ainsi en apprendre énormément sur les traditions et l’histoire de cette commune où j’ai moi même grandi. Les personnes de plus de 90 ans avaient une vingtaine d’années pendant la Seconde Guerre Mondiale et beaucoup se sont confiées sur ce sujet surtout en cette période sombre car les récents attentats leur ont fait remonter d’autres souvenirs de terreur sur notre territoire. Je suis une passionnée d’histoire, mais  plus de l’histoire intimiste des peuples que de l’histoire pompeuse des grands événements.

Avant ce mois, la Seconde Guerre Mondiale pour moi était un ensemble de cours appris à l’école et quelques témoignages lus au fil des années. Maintenant, j’ai des visages en tête de personnes qui ont souffert directement de ce conflit, des personnes de la vie de tous les jours issus de la même catégorie sociale que moi  et du même village. La guerre est ainsi dans mon imaginaire bien plus qu’un événement lointain et abstrait mais une tragédie qui a affecté profondément l’ensemble des familles françaises.

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 The Golden Years / Dean Bradshaw 

Personne veut prendre sa place

Nous allons tous vieillir, nous allons tous un jour être à notre tour personne âgée et ça fait peur, tellement peur que nous préférons cacher nos aînés dans une maison de retraite ou un appartement délabré pour pas qu’ils viennent nous rappeler qu’un jour on sera à leur place. Voir toutes ces personnes a apaisé ma peur de vieillir car j’ai compris que vieillir ce n’étais pas forcément se décomposer petit à petit jusqu’à ne pouvoir plus rien faire et devenir un poids pour sa famille. J’ai rencontré 22 personnes et 22 façons de vivre la vieillesse. Qu’est ce qui est le plus dur : ne plus avoir d’intimité car on n’a plus la force de se doucher seul ou sentir sa mémoire qui perd un peu plus chaque jour ?

Le cliché du vieux, seul et triste qui attend sa mort n’est pas une fatalité.

Ça dépend. Ça dépend de la manière dont vous avez vécu et de la manière dont vous gérez votre vieillesse. Les personnes les plus tristes que j’ai vu, car oui je n’ai pas vu que des gens heureux, n’étaient pas forcément celles qui étaient dans le plus mauvais état physique ou mentale. Je pense que c’était surtout des gens qui se sentaient seuls (à juste titre ou non) et qui s’ennuyaient profondément. Cette expérience m’a aidé à envisager ma propose vieillesse. J’ai vu des gens à qui je sais que je ne veux pas ressembler et au contraire, des gens qui m’ont inspiré. Le cliché du vieux, seul et triste qui attend sa mort n’est pas une fatalité. J’ai rencontré des personnes encore actives malgré leurs faibles capacités, à l’écoute de leur famille et de leurs voisins et soucieuse de l’état de la société. Qu’est ce que j’aimerai devenir comme cette dame encore incroyablement dans le coup malgré ses 94 ans qui m’a demandé si elle pouvait joué à Pokémon Go sur mon portable !

Alors voilà, j’aime les personnes âgées, non pas parce que j’ai pitié d’elles mais parce qu’elles m’ont tant apporté. Je garde de cette expérience énormément de tendresse mais aussi un goût amer quand je pense à la place des personnes âgées dans notre sociétés et au peu de reconnaissance de mes collègues pour le dur travail qu’elles effectuent. Je pense que cette problématique est très française ou en tout cas occidentale car il suffit de se tourner vers d’autres modèles culturels comme en Asie par exemple où les personnes âgées ont une place bien différente dans la vie sociale.

Alerte

Ce week-end j’étais à Lyon avec deux amies. Ce week-end a 5 reprises, des hommes, seul ou en groupe nous ont interpellé dans la rue sans raison. Un d’entre eux nous a suivi sur plusieurs rues, un autre a touché volontairement la cuisse de mon amie dans les transports en commun.

Un parole déplacée, un soir, une fois dans la rue, on finit par oublier. Mais quand on est une femme les paroles et les gestes offensifs s’accumulent soir après soir, années après années. Nous savons toutes ce que c’est que d’être klaxonné, interpellé, parfois suivi ou encore tripoté par des hommes inconnus. Nous savons toutes ce que c’est que d’avoir peur de rentrer seul chez soi le soir parce que peut être qu’on n’aurait pas dû mettre cette jupe, peut être qu’on aurait dû un peu moins boire.

Comme beaucoup de femmes, je ne support plus de vivre dans cette angoisse permanente. Je rêve d’une ville qui appartiennent autant aux  femmes qu’aux hommes. Je rêve que le harcèlement de rue s’arrête enfin. L’alerte est lancée, je rêve qu’elle soit entendue.

Bye bye high school

Ce que m’aura appris le système scolaire français

Le mois dernier, j’ai assisté à mon dernier cours de lycée et terminé toutes mes épreuves de Bac. Ce fut l’occasion pour moi de revenir sur toutes ces années d’école (soit presque toute ma vie à vrai dire) et de réfléchir à ce que  m’aura vraiment appris mon parcours dans le système scolaire français de la primaire au lycée au delà des connaissances et savoirs théoriques.

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Source : Pinterest

Ma France à moi c’est la diversité

J’ai été dans deux lycées différents, un regroupait majoritairement des personnes venant du même milieu social plutôt aisé. La plupart des élèves avait grandi ensemble dans des maisons individuelles loin de la ville dans laquelle se trouvait notre école. Je ne veux pas faire de généralité mais l’ambiance générale favorisait plus l’uniformisation  que  les divergences de façons de pensée, types d’humour et styles vestimentaires. En tous cas, ce fut mon ressenti malgré le fait que beaucoup des élèves étaient en réalité individuellement plutôt ouverts d’esprit. Le deuxième lycée où j’ai été scolarisé était composé d’élèves de tous les horizons. J’y ai aussi bien rencontré des personnes venant de milieux très favorisés qui avaient une maison de campagne et un immense appartement en plein centre ville que des personnes issus de familles qui galèrent vivant dans des HLM  et partageant leur chambre avec plusieurs frères et sœurs. Il y avait aussi beaucoup plus de personnes issus de l’immigration.

Tout au long de l’année j’ai pu me nourrir de leur vécu à travers nos conversations. Il était plus facile d’aller vers les autres car les gens, au lieu d’avoir peur de la différence, étaient curieux de découvrir les modes vie et les opinions de chacun. Dans certaines matières comme la philo où nous pouvions parfois débattre librement, le cours se trouvait enrichi du bagage que chacun avait à apporter. Je me suis sentie si bien dans cette classe, beaucoup plus à ma place que je ne l’avais été auparavant.

Un des buts de l’école est de nous apprendre à vivre ensemble en tant que société.Dans la France d’aujourd’hui telle que je la vois dans mon quotidien , la diversité est omniprésente et mes anciens camarades m’ont prouvé quelque chose en quoi j’ai toujours cru : cette diversité ne remet rien en cause la cohésion de notre société, au contraire c’est une richesse qu’il faut oser exploiter.

Si quelqu’un croit en toi, ça va mieux, si tu crois en toi, tout va mieux

Je pense que dans le parcours de tout élève (en tous cas j’ose l’espérer), il y a eu un prof ou peut être des profs/documentalistes/CPE/conseillers d’orientation… qui nous ont su voir en nous du potentiel que l’on ignorait. Pour ma part ce fut deux profs d’histoire, un au collège et un au lycée ainsi qu’un prof d’art qui m’ont fait comprendre que je devais ouvrir mes perspectives d’avenir et viser plus haut pour moi-même. Au delà du fait que c’était de très bons enseignants dont les cours m’ont énormément intéressé, je leur serai éternellement reconnaissance pour m’avoir motiver à m’investir en classe et donner l’envie de croire en moi. Bien sûr cela fait chaud au cœur de recevoir un compliment sur le coin d’une copie ou dans une case de bulletin surtout pendant l’adolescence où l’on doute beaucoup de nous-mêmes et de nos capacités mais ces encouragements doivent servir de moteur pour oser croire en nous et nous épanouir.

A l’inverse, mon parcours scolaire m’a aussi appris que ce n’était pas parce que des personnes y compris des adultes enseignants ne croient pas en toi qu’il faut tout abandonner. L’important n’est pas d’être le meilleur par rapport aux autres mais d’être fière de soi même et de son travail.

La vie ne s’arrête pas à l’école

Ce constat peut paraître simple mais tout comme on réalise tous un jour que nos parents peuvent se tromper, vient dans toute vie d’écolier le moment où l’on se rend compte que l’école ne pourra pas répondre à toutes nos problèmes. J’ai toujours bien réussi à l’école. Même arrivée au lycée, je n’ai jamais rencontré de problèmes pour passer au niveau supérieur sans trop travailler. Étrangement, j’explique cette réussite scolaire par des éléments qui n’ont rien à voir avec l’enseignement reçu à l’école.

Il est très vite apparu dès que j’ai su comment faire que j’aimais énormément lire. Quand j’étais enfant, avant de découvrir Internet, je ne faisais pratiquement que ça. Lire m’a énormément aidé à développer mon imagination et surtout à savoir comment écrire. Je pense qu’à force de lire certaines syntaxes et un certain vocabulaire, notre style d’écriture s’enrichit. Mes capacités d’écriture m’ont souvent aidé même au delà des cours de français car il est plus facile de camoufler des lacunes ou d’obtenir une excellente note avec quelques connaissances si celles ci sont intelligemment reliées entre elles à l’écrit. J’ai aussi bien sûr réussi car j’ai un minimum le sens de la rigueur et du travail. Mais une nouvelle fois, il ne me semble pas l’avoir appris à l’école mais plutôt en apprenant à jouer du piano classique en dehors de mes cours. A force de répéter les mêmes notes et les mêmes mesures sans cesse jusqu’à que mes doigts soient épuisés, j’ai appris que le travail régulier paye toujours d’une manière ou d’une autre.

Outre mon expérience personnelle, je dirai qu’il est important de reconnaître qu’un tas de qualités utiles pour réussir à l’école  s’enseignent en réalité en dehors du système et que les activités et hobbies devraient être beaucoup plus valorisés. A l’inverse, il est toujours bon de rappeler que ce n’est pas parce qu’un élève échoue dans le système qu’il ne peut pas réussir pleinement dans une branche en dehors de l’école dans une filière artistique ou en intégrant plus tôt le monde du travail par exemple.

Petit guide pour insulter intelligement

Ce n’est pas moi qui va reprocher à quiconque d’insulter quelqu’un. Défouler sa haine, c’est bien. La langue française, on a de la chance, comporte un grand nombre d’insultes plus ou moins utilisées et si vous ne trouvez pas votre bonheur dans celles déjà existantes vous pouvez toujours en inviter des nouvelles, il n’y pas de règles pour ça. Les insultes, c’est la liberté. Par contre, il y a des insultes que j’entends souvent voir quotidiennement qui me donnent envie d’insulter encore plus violemment la personne qui les prononce. Petit guide des insultes à dégager définitivement de votre répertoire !

« Fais pas ton pédé »

 Ce mot, que je déteste tellement que j’ai de la peine à l’écrire, est celui qui m’a donné l’idée d’écrire cet article. TOUS LES JOURS je l’entends. Il est utilisé pour tout et n’importe quoi du « oh regarde il est habillé comme un pédé » au « sale pédé » et souvent pour « déconner entre amis ». Mais je crois qu’il faut vraiment se poser quelques minutes pour réfléchir à d’où vient ce mot.

« Pédé » vient du mot grec « pédéraste » qui était désigné pour parler d’une relation entre un homme adulte et un jeune homme/adolescent (pas forcément au sens sexuel d’ailleurs cela pouvait être par exemple une relation purement intellectuelle). Aujourd’hui on dirait de l’homme âgée qu’il est un pédophile mais en Grèce antique, ces pratiques étaient courantes et normales pour la société. Au fil des siècles, le mot est resté et a pris le sens commun d’homosexuel masculin au sens large. Donc quand on traite quelqu’un de pédé parce qu’il nous énerve, on le traite d’homosexuel et franchement, je pense qu’il y a beaucoup mieux comme insulte. Quand vous avez de prononcer pd, essayez de le remplacer par gay dans votre phrase et vous allez vite voir à quel point votre insulte est ridicule ! A moins que vous soyez vraiment homophobe et que pour vous cela soit vraiment quelque chose d’offensant d’être d’homosexuel (personnellement, et pour la plupart des gens j’espère, si vous me dites que je suis homosexuelle ça me fera autant d’effet que si vous me dites que je suis hétéro : c’est à dire aucun), vous conviendrez qu’il y a de meilleur moyen pour déverser votre haine envers quelqu’un. Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, sachez que la loi punit l’utilisation de « pédé » considéré comme insulte homophobe de 6 mois de prison et  22 500€ d’amende. Alors toujours envie d’être homophobe ?

Pour ce qui est de désigner quelqu’un d’homosexuel comme étant « pédé », personnellement je n’aime pas utiliser ce mot à cause de sa connotation historiquement pédophile mais certaines personnes gays se désignent eux-même comme étant « pédé » comme certaines personnes LGBT ont repris l’insulte « queer » pour se l’approprier. La meilleure solution est de vérifier que votre interlocuteur soit okay avec cette appellation qui ne plait pas à tout le monde. Bien sûr que je ne vais pas empêcher quelqu’un qui le souhaite de se définir comme pédé. A ce propos, voir la très belle chanson de Renaud « Petit pédé ».

Les insultes lesbophobes comme « gouine » sont bien sûr aussi à bannir pour les mêmes raisons. « Gouine » a une aussi une origine grec antique et signifiait « prostituée » mais j’ai l’impression que ce mot est plus populaire au sein de la communauté LGBT que « pédé ».

« Regarde comme elle est habillée cette pute »

Ah, le slut-shaming, un gros dossier. Si on parle d’insultes, je pense qu’on sera d’accord pour dire si il y a un genre qui s’en prendre vraiment plein la gueule, c’est bien le genre féminin. C’est fabuleux peut importe comme vous vous habillez ou vous maquillez, peu importe votre vie sexuelle et sentimentale qui n’appartient bien sûr qui vous, il y aura toujours quelqu’un pour vous traite de pute, salope, suceuse, chienne, traînée et j’en passe. Heureusement, le slut-shaming est de plus en plus dénoncé par les médias notamment grâce aux Slutwalk (ou marche des salopes en français) mais malheureusement la leçon n’a pas encore été intégré par tout le monde. C’est pourtant simple et facile, ce que fait une femme de son corps ça ne regarde qu’elle et peu importe ce qu’elle en fait, elle se passera de jugement extérieur.

Utiliser une insulte pour tout et n’importe quoi cela lui retire son sens. A ce moment là, nous sommes toutes salopes et tu te retrouves bien embêté : se référer à la chanson Toutes des putes de Giedré.

« Tu es vraiment un autiste »

Peut être l’insulte problématique la plus souvent utilisée sans que personne ne dise rien alors je vais le déclarer une bonne fois pour toute : l’autisme est une maladie qui entraîne des troubles du comportement et ce n’est en rien une insulte. L’autisme est une maladie très complexe et qui réunit de nombreux syndromes très différents les uns des autres et je ne suis certainement pas la meilleure personne pour vous l’expliquer malgré le fait que j’ai eu la chance de rencontrer des personnes autistes plusieurs fois. L’autisme peut atteindre quelqu’un à différent degré, peut être que certains d’entres vous sont même allés à l’école avec d’autres enfants autistes. Les autistes sont des personnes avec des sentiments et des proches comme vous et moi, être autiste est donc en aucun cas une insulte et dire le contraire est extrêmement blessant pour les personnes concernés par l’autisme. En plus, on utilise souvent ce mot pour désigner quelqu’un de bête alors qu’un certain nombre d’autistes possédant notamment le syndrome d’Asperger possède des capacités intellectuelles incroyables (une mémoire capable de mémoriser des pages d’annuaires en un seul coup d’œil par exemple) que quelqu’un non atteint ne pourra jamais obtenir ! Newton et Einstein étaient probablement autistes.

Insulter quelqu’un de triso (en référence à la trisomie 21) ou simplement d’handicapé c’est la même chose, STOP !

Voilà, je ne suis évidemment pas parfaite et j’ai déjà utiliser certaines de ces expressions mais j’essaye de définitivement les rayer de mon langage ! Soyons créatifs et insultons intelligemment !

De l’utilité de l’art

Quand des gens me posent la fameuse question « qu’est ce que tu veux faire plus tard ? » et que je répond de l’art, je dois souvent faire face à des regards d’incompréhension ou des commentaires déplacés. A quoi bon faire de l’art ? Pourquoi je ne ferais pas quelque chose de plus rentable, avec plus de débouchés ? Et surtout, n’est-ce pas égoïste de vouloir faire de l’art alors qu’il y a un tas de métiers qui permettent d’aider les gens et de vraiment faire avancer notre société ?

Selon Wikipédia, « l’art est une activité humaine, le produit de cette activité ou l’idée que l’on s’en fait s’adressant délibérément aux sens, aux émotions, aux intuitions et à l’intellect. » Quand je parlerai ici d’art j’engloberai donc tout ce qui touche à la culture (le cinéma, la musique, la littérature …) et pas seulement les arts plastiques. L’art joue pour moi un rôle essentiel dans toute société que les gens ont souvent tendance à minimiser ou ignorer inconsciemment.

Pour qu’un être humain se construise et évolue dans sa réflexion personnelle tout au long de sa vie, il a besoin de modèles, de repères, de sujets et d’arguments à partir desquels il pourra se forger sa propre opinion et sa propre vision de la vie. Je pense qu’il est important de rappeler que personne ne devient ce qu’il est tout seul. Beaucoup de gens ont tendance à crier de partout que les avis des autres ne comptent pas et qu’ils sont devenus ce qu’ils sont sans l’aide de personne, ils ont tort. Pour se construire, nous avons besoin d’un entourage et d’un environnement. De nombreux éléments peuvent nous permettre de changer notre perception sur quelque chose ou notre façon de nous comporter, de voir la vie : une rencontre avec une personne, un voyage, un nouveau quartier et bien sûr l’art.

Pour ma part, l’art m’a permis de me construire et de me faire devenir ce que je suis bien plus que n’importe quel facteur, je le sais. Dès mon plus jeune âge, comme un bon nombre d’autres enfants, ayant du mal à nouer des liens avec les gens, je me suis très vite tourner vers les livres. Les mondes de fiction que j’ai alors découvert m’ont permis de forger mon caractère et de développer ma curiosité. Cela peut peut être sembler triste à certains mais je me suis souvent sentis plus proche de personnages de fiction que de personnes de mon entourage et cela encore aujourd’hui. Moi, je trouve ça plutôt beau. L’art aide les gens à se sentir moins seul et rassemble.

Aujourd’hui à l’heure d’Internet, il est très facile pour n’importe qui d’avoir accès à une tonne de films, de musique, de livre, d’artistes … Il y a tellement de personnes qui créent des choses et les partagent que chacun est obligé de trouver quelque chose qui lui parle, qui résonne en lui. Dès que je me sens seule dans ma manière de voir les choses, dans mes opinions car personne ne les partage dans mon entourage, je me tourne vers un artiste que j’aime et qui à travers son travail me rejoint.

L’art ne permet pas seulement de relier un public à un artiste, il permet aussi de relier un public ensemble. En effet, c’est tellement beau de pleurer avec quelqu’un devant la même scène de film, de chanter la même chanson qu’une foule lors d’un concert ou de se poser les mêmes questions que la personne à côté de soi devant une oeuvre d’art contemporain. Nous n’aimons pas tous les mêmes choses mais l’art arrive à toucher parfois une quantité de personnes immenses qui n’ont pourtant rien en commun. Cela me donne tellement d’espoir à propos de la nature humaine.

L’art permet donc de nous ouvrir à de nouvelles choses et de nous faire grandir. Une civilisation sans art serait forcément une civilisation qui va en arrière, une civilisation où les gens n’auraient pas accès à une diversité d’opinions et de sentiments. L’art m’a sauvé de bien des choses, l’art m’a fait pleuré, rire, me mettre en colère et m’a bien des fois réconforter et aider à affronter la vie. Si un jour j’arrivai à travers mon travail à toucher rien qu’une seule personne autant que l’art m’a touché, j’aurai pour moi réussi ma vie. Et si, je n’arrive pas à le faire avec quelque chose que j’ai réalisé de mes propres mains, je ferai tout pour promouvoir le travail d’autres artistes. Faire de l’art et servir l’art est pour moi la meilleure façon de remercier tous les artistes qui m’ont tant aider et inspirer.